Sammeln | Collectionner

Publié le mardi, 31. Mar 2026

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Vous collectionnez ? Et que collectionnez-vous ? La collection est un phénomène universel. Depuis que l’Homo sapiens existe, il y a aussi l’« Homo Collector ».

Nos ancêtres ramassaient du bois de chauffage, des baies et des champignons. Dès leur plus jeune âge, les enfants ramassent des cailloux ; plus tard, ce sont les autocollants, les vignettes Panini, les timbres, les pièces de monnaie, les ours en peluche, la porcelaine ou les sous-bocks qui font le bonheur du collectionneur. Les possibilités sont (presque) infinies. Peu importe que les objets soient gratuits, bon marché ou coûteux. Si le budget le permet, on peut même collectionner des voitures, des montres ou même des avions. En principe, tout peut faire partie d’une collection, mais pour des raisons de place, il est recommandé de collectionner surtout des objets faciles à manipuler.

Il y a aussi le collectionneur occasionnel, qui ne collectionne que les objets qui lui plaisent ou qui lui rappellent quelque chose. La frontière avec les chasseurs de souvenirs est sans doute floue. Cuillères à café, dés à coudre ou tongs volées dans un hôtel de luxe : depuis que les hommes voyagent, ils collectionnent des souvenirs. Que révèlent ces souvenirs à notre sujet ? Que dit de nous le fait de collectionner ?

« D’un point de vue psychologique, le collectionneur est un individu à part. Il pratique son hobby avec passion et émotion, perd facilement le sens des réalités à la vue d’une pièce de collection convoitée et se laisse souvent entraîner à agir de manière irrationnelle. Il est prêt à tout sacrifier et, pour atteindre ses objectifs, se lève bien plus tôt que les autres. Tôt le matin, il parcourt à toute vitesse les marchés aux puces encore plongés dans la pénombre, les poches remplies d’une somme d’argent liquide dangereusement élevée. Il ne ménage pas ses efforts et part à la chasse même en hiver, par des températures négatives, sans gants ni caleçons longs. Il n’hésite pas à risquer une cystite. Il passe également des heures devant son ordinateur la nuit, alors que les autres dorment depuis longtemps, pour enchérir sur des pièces convoitées lors d’enchères en ligne et surenchérir de toutes ses forces sur d’autres acheteurs potentiels ou collègues collectionneurs. »

C’est ainsi que Reinhold Berndt, membre de l’association des Amis du tire-bouchon, décrit son passe-temps. Le texte met en lumière l’engagement de ce véritable collectionneur, qui se sent comme un chasseur. Et il poursuit : « Il est poursuivi par des pulsions intérieures qui restreignent ses facultés intellectuelles et réduisent son comportement à une névrose compulsive. » Un chasseur, pourchassé et prisonnier de sa passion.

La situation devient encore plus dramatique lorsque des objets de collection particulièrement prisés ne sont disponibles qu’en édition limitée (limited editions) et sont parfois rendus artificiellement rares dès leur production.

La collecte systématique et institutionnalisée pratiquée par les musées, les bibliothèques ou les archives semble en revanche bien sage et conventionnelle. La définition donnée par Wikipédia est stricte : la collecte est une activité qui consiste à rechercher, acquérir et conserver de manière systématique des objets ou des informations. Important : collectionner signifie sélectionner (de manière critique), par opposition à l’accumulation. En règle générale, on collectionne des objets, mais par souci d’exhaustivité, il faut préciser que l’on peut également collectionner des idées, des informations ou des données.

Un musée a généralement un thème (de collection). Il en découle un concept de collection. Ou bien un espace géographique délimite au moins l’activité de collection. Un long questionnaire sert de base : l’objet s’intègre-t-il dans la collection ? L’objet provient-il de la zone géographique couverte par le musée ? L’objet est-il représentatif sur le plan chronologique, régional, technique ou artistique ? L’objet complète-t-il la collection existante de manière pertinente ? L’objet a-t-il une histoire ? L’objet se prête-t-il à une exposition ? L’objet présente-t-il un intérêt scientifique ? Quel est son état de conservation ? Les efforts de conservation sont-ils proportionnés ? Ou bien l’objet est-il soumis à des contraintes contraignantes ? Mais aussi : quels coûts l’objet engendre-t-il ? De nombreux musées sont aujourd’hui devenus prudents et très sélectifs dans l’acquisition de nouveaux objets qui entraînent des coûts et/ou un important travail de conservation, ou qui nécessitent beaucoup d’espace de stockage.

Les fonds des musées qui ne correspondent pas (ou plus) au concept de la collection, qui sont superflus, coûteux ou en mauvais état, constituent donc un enjeu majeur et un problème non résolu. La réévaluation de la collection ou la désacquisition est le mot à la mode. Alléger la collection ou faire le tri est une tâche difficile, à moins de suivre le conseil radical : « Le mieux est de brûler ce que l’on veut éliminer. C’est ce qui se remarque le moins. »

Le Musée de la vigne au bord du lac de Bienne a constitué sa ou ses collections autour de la viticulture et de l’histoire régionale, et se limite à celles-ci. Notre musée ne possédera donc jamais une collection de vins telle que celle que possède le Français Michel-Jack Chasseuil – avec plus de 50 000 bouteilles, probablement la plus grande collection de vins au monde. Mais nous continuons à collectionner. Ainsi, au cours de la saison 2026, nous présenterons les pièces les plus intéressantes et les plus belles de nos collections, modestes mais raffinées : bouchons, tire-bouchons, coléoptères, tonneaux, bouteilles, verres, étiquettes de vin, outils, cartes postales, gravures et tableaux d’artistes de la région du lac de Bienne.

Heidi Lüdi Pfister

 

Rebbaumuseum am Bielersee «Hof» in Ligerz
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